Semaines placées sous le signe de la technologie
L’Asie, les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle tirent les marchés.
Avril 2026 marque un changement de direction par rapport aux mois précédents. Les marchés repartent à la hausse, mais pas de manière diffuse, ordonnée ou rassurante. Il s’agit d’un rallye nerveux et sélectif, construit autour de quelques thématiques dominantes et du retour en force de la technologie. Les marchés actions mondiaux gagnent environ 7,7 %, les obligations progressent plus modestement de 0,8 %, tandis que les matières premières ajoutent encore 3,8 %. Des chiffres qui, lus trop rapidement, pourraient laisser penser à un contexte harmonieux. Notre rapport mensuel va toutefois au-delà de la surface et met en lumière un marché qui a cessé de récompenser les allocations équilibrées au profit de paris beaucoup plus ciblés.
Les portefeuilles dynamiques affichent des performances supérieures à 6 %, les profils modérés se situent autour de 4 %, tandis que les portefeuilles prudents dépassent à peine 2,5 %.
Le rôle de l’Asie
Le fait le plus marquant du mois reste la domination de l’Asie technologique. Taïwan progresse de plus de 36 %, la Corée de plus de 27 %. Des performances qui relèvent habituellement d’horizons annuels et qui, cette fois, se matérialisent en seulement trente jours. La dimension géographique se superpose à la dimension industrielle : semi-conducteurs, intelligence artificielle, robotique, infrastructures numériques et télécommunications monopolisent les classements. Les télécommunications sectorielles avancent de 22 %, l’intelligence artificielle dépasse les 18 %, tandis que le secteur IT mondial gagne plus de 16 %.
Derrière ces chiffres se cache quelque chose de plus profond qu’une simple rotation sectorielle. Le marché recommence à valoriser la croissance structurelle, la puissance de calcul, les infrastructures numériques et la souveraineté technologique. Autrement dit, la chaîne de valeur des semi-conducteurs semble redevenue incontournable après une courte pause dans les tendances de marché.
Les ETF confirment cette dynamique. Les produits liés aux semi-conducteurs et à la Corée occupent les premières positions, avec des performances comprises entre 35 % et 60 % depuis le début de l’année. Même l’hydrogène, thème qui semblait oublié par la finance thématique il y a encore quelques trimestres, revient brutalement sur le devant de la scène avec des hausses supérieures à 60 % en un seul mois pour certains ETF spécialisés.
Les matières premières ne forment plus un bloc homogène
L’un des éléments les plus intéressants du mois réside dans la fragmentation interne du marché des matières premières. Le compartiment continue globalement de bien performer, mais sans évoluer comme un univers homogène.
L’énergie ralentit : les actions sectorielles terminent même légèrement en territoire négatif malgré un excellent parcours depuis le début de l’année. Les métaux précieux et miniers montrent également des signes de faiblesse à court terme. Dans le même temps, certaines matières premières individuelles poursuivent leur envolée selon des dynamiques presque spéculatives. Le Brent, le WTI et le nickel dominent les classements ETF, avec des hausses mensuelles supérieures à 10 % et des performances YTD dépassant parfois les 100 %.
Le marché semble ne plus acheter une capacité industrielle ou une production globale : le pétrole et le gaz naturel sont désormais traités comme des actifs géopolitiques, tandis que le nickel devient un proxy de la transition énergétique.
Un marché obligataire sans conviction
Sur le marché obligataire, l’ambiance reste beaucoup plus froide. Les performances sont positives dans la majorité des catégories, mais l’impression générale est celle d’un marché qui flotte davantage qu’il ne progresse réellement.
Les obligations convertibles se distinguent particulièrement, notamment en Asie-Pacifique et dans les stratégies globales hedgées, qui profitent indirectement du rallye technologique des actions. Certaines catégories dépassent 9 % de performance mensuelle, un résultat difficilement compatible avec l’idée traditionnelle de défensivité obligataire.
À l’inverse, les obligations souveraines américaines restent sous pression sur presque toute la courbe des taux. Une fois encore émerge un thème devenu structurel : le marché obligataire peine à trouver une narration autonome. Soit il suit les actions, soit il subit la politique monétaire.
Les signes d’une spéculation extrême
Les ETF spéculatifs enregistrent des mouvements qui frôlent la distorsion statistique. Les produits à effet de levier sur AMD gagnent plus de 350 % en un seul mois, Alphabet dépasse les 120 %, Amazon approche les 100 %. Lorsque les investisseurs commencent à rechercher des leviers x3 ou x5, ils n’expriment plus réellement une vision haussière : ils poursuivent simplement le momentum. Un signal évident d’une finance qui semble avoir oublié les principes de planification et de soutenabilité.
Comment interpréter les marchés ?
Le trait sans doute le plus marquant du mois est que le marché a décidé, au moins temporairement, d’ignorer tout ce que la littérature financière enseigne. Taux d’intérêt, dette, ralentissement économique, valorisations élevées, mais surtout tensions géopolitiques : un marché qui recommence à acheter de la technologie asiatique, des semi-conducteurs, de l’IA et de l’effet de levier extrême ne cherche pas à se protéger. Il profite simplement d’un moment d’euphorie, au risque de soulever quelques doutes sur sa lucidité.